Eoliennes



De la Corse aux îles Eoliennes, trois jours de navigation.
Seul sur le pont, seul dans la nuit sans autre forme que l’arche de la Voie lactée.
Parviennent de lointaines lueurs dansantes qui dessinent l’horizon sombre. Ce ne sont pas celles de l’Etna en éruption. Elles se déplacent. La Sicile me tend les bras et m’accueille d’un orage. Il s’approche, il m’encercle, il me contient.
Alors j’ai glissé dans l’épaisseur des nuages silencieux qui masquent sournoisement la colère du ciel. Je me suis heurté au vent qui plonge et aspire l’eau dans une houle frénétique. La mer trop tendue a fait vibrer la coque et nous a entrainées dans son creux. Dans l’ombre de ses bras agités les feux ont éclatés révélant son ventre transpercé de lames de métal liquide. Combat du ciel et de la terre, comme deux enfants en colères, indifférent à ma détresse, que le soleil apaise comme une mère à son réveil dans l’aube de son rayon éclatant. La lumière transperce et dissout les nuages comme les restes de bruits d’une soirée d’ivresse.
Je suis alors face au volcan, l’estomac serré, le Stromboli apparait en maître des lieux comme un secret oublié. Depuis Ulysse rien n’a changé, ou si peu. Les  dieux continuent leur travail, la montagne continue de crier.
 « Deux chemins s’ouvriront à  toi, et tu devras choisir entre eux, si bien que je te décris tous les deux. L’un mène à ces falaises à pic que les dieux bénis appellent « Rochers Errants ». C’est là qu’Amphitrite aux yeux bleus envoie ses déferlantes tonitruantes, et les oiseaux eux-mêmes ne peuvent voler à proximité. Même les timides colombes qui apportent l’ambroisie à Zeus doivent payer leur tribut à chaque fois qu’elles passent prés des roches en surplomb, et Zeus doit à chaque fois ajouter une colombe pour remplacer celle qui s’est perdue. Mais pour les marins qui y dirigent leur bateau il n’y a aucune échappatoire possible. Il n’en reste que des épaves flottantes, morceaux de  bois et cadavres humains ballotés dans la mer déchaînée ou consumés par les flammes tempétueuses et dévastatrices. »

Homère,  L’Odyssée, livre 12.
 

3 commentaires:

  1. Ces notes colorées prises sur ton carnet de bord donnent envie de le feuilleter, d'en découvrir chaque page, chaque aventure que te réservait ta navigation.
    Merci de nous les faire partager.

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  2. Merci Anne, cela me motive à répondre à ton invitation.
    Alors je me prêterai à l'exercice de vous faire découvrir un bout de cette mer et cette de terre de nos origines. Nous pourrons ainsi poursuivre ce voyage qui commença avec Ulysse et ne cesse depuis de fasciner les hommes.

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  3. SOMPTUEUX BOULEVERSANT

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