Bonne année 2014



Les crêtes et les vallées se mêlent pour former un réseau inextricable qui se perd au loin. D’innombrables vallons discrets, de pentes et lieux secrets apparaissent au jeu des lumières et des ombres de la montagne. Des lieux sans traces laissés pour l’hiver, posés ici dans le silence blanc. Quelques cabanes discrètes se cachent. Certaines offrent le gîte, soit un poêle, une couche et des couvertures. C’est là-bas que se vit la montagne, loin des stations agitées, dans l’espace apaisé d’un vallon oublié. Alors je descends du mauvais côté de la montagne, sur les pentes qui s’éloignent des pistes. Je glisse sur la neige vierge, dans la direction opposée aux foules, loin, le plus loin possible.









3 commentaires:

  1. "Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son cœur pur, son corps léger comme un vêtement d’été. Il n’emporte point de provisions. Il boira l’air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d’ouvrir les yeux. Les yeux servent de filets où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes.
    La première qu’il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.
    Il prend ensuite l’image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le ventre, comme si on jetait une pièce d’argent, et, dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule.
    Il lève l’image des blés mobiles, des luzernes appétissantes et des prairies ourlées de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d’une alouette ou d’un chardonneret.
    Puis il entre au bois. Il ne se savait pas doué de sens si délicats. Vite imprégné de parfums, il ne perd aucune sourde rumeur, et, pour qu’il communique avec les arbres, ses nerfs se lient aux nervures des feuilles.
    Bientôt, vibrant jusqu’au malaise, il perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le village.
    Dehors, il fixe un moment, au point que son œil éclate, le soleil qui se couche et dévêt sur l’horizon ses lumineux habits, ses nuages répandus pêle-mêle.
    Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il éteint sa lampe et longuement, avant de s’endormir, il se plaît à compter ses images.
    Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. Chacune d’elles en éveille une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s’accroît de nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divisées tout le jour chantent le soir, à l’abri du danger, et se rappellent aux creux des sillons."

    Ce texte, de Jules Renard, s'intitule "Le chasseur d'images".
    Bonne et belle année à toi, pleine d'images et de chemins égarés où les poursuivre dans le silence.

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    1. Merci Anne pour ce texte magnifique. Cela me touche car il me ressemble, mais aussi parce qu'il te ressemble, toi le poète, toi le "peintre en contemplatif".

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  2. Comme c'est beau par ici , merci à Hervé et Anne pour ces mots qui me touchent et me régalent...
    Je vous souhaite une bonne année 2014 et peut-être qui sait, c'est encore écrit dans les étoiles, une rencontre, cela me ferait si plaisir de vous connaître en personne... je vous embrasse

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