L'étrange dans la maison



Chapitre X
Tableau X
L'étrange dans la maison


La demeure de Jean était entièrement dédiée à la peinture. En cela on pouvait la qualifier d'atelier. Ce n'était pas un lieu très grand et il n'avait pas de l'atelier du peintre l'image d'Epinal que partageait l'imaginaire collectif. C'était une pièce plutôt petite encadrée de rangements consacrés au matériel avec quelques chaises confortables autour de deux tables salies par l'exercice quotidien. Les travaux en cours étaient accrochés aux murs. Le lieu avait sa vie, parfois très chargé par la matériel utilisé,mais comme tout y était rangé au mieux il ne donnait jamais l'impression d'un espace désordonné tout en gardant l'empreinte d'une activité intense.
Jean se sentait bien dans ce lieu et ses proches  aussi. Il savait que cela ne tenait pas uniquement à l'espace et à son aménagement, mais à l'intimité qui habitait son intérieur. Il y avait déposé l'enthousiasme qui chaque matin le mettait au travail sur une création. Il y avait accumulé aussi la trace de ses joies quotidiennes partagées avec sa fille entre autre. Tous ces gestes d'amour répétés qui avaient finis par marquer l'atelier de l'empreinte de son intimité.
C'était cela l'âme de son atelier, un espace actif habité d'une énergie bienfaisante qu'il avait su construire et préserver des déséquilibres de la vie.
Jean avait récemment perdu cette douce intimité. Une tension extérieure et malfaisante avait pénétré et pollué son antre d'une ombre négative. Une amie habitée d'une pensée obsessionnelle qui tournait dans son esprit comme un fil rouillé qui fabrique un nœud de malaise. Elle ne lui avait rien dit, et ses pensées ressassées dans le silence avaient fini par déstabiliser l'équilibre intime de l'atelier. Il s'y sentait à ce moment comme dans un autre lieu, un lieu étranger qui ne lui appartenait plus totalement. Jean se souvenait de cette impression semblable à la  trace que laisse la foule dans un lieu public. La trace que laisse une humanité en panique. Il s'y sentait comme un Schtroumf dans le monde de Barbie et Kent. Concerné mais pas intégré.
Lors d'un voyage en Asie, un indien lui avait expliqué que l'encens permettait de nettoyer sa maison des énergies malfaisantes : "Tu nettoies par le feu et tu nourris ta maison de ton amour ..."
C'est pour cela que Jean avait décidé de laisser aussi longtemps que possible les bols d'eau bleus de ces élèves. Chacun apportait à l'atelier un petit peut de son espoir et de sa réussite.

ceci est un défi de Charlotte mais aussi le troisième texte présenté de l'histoire de Jean.

12 commentaires:

  1. Woaouh !!!! je suis sans voix devant l'intimité de l'histoire de Jean, devant la complexité de cet espace tout à fait authentique, quel beau coup de crayon... je crois reconnaître aux murs certaines lunes qui respirent l'amour... c'est super beau... j'adore...
    bises

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  2. Merci Evelyne,
    je suis content que mon intérieur te plaise.
    Les lunes sont des lumières peintes qui habitent mon atelier, je les appelle des "respirations" en référence au recueillement.

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  3. Je sais, je les avais reconnues car je les ai déjà vues dans ta rubrique respiration...
    Il a vraiment une âme ton atelier, et puis j'aime bien les 3 p'tits pots bleus qui apportent du charme et de l'originalité dans ce tableau... il me plaît bien ton chez toi... je te le dis ici pour ne pas me faire reprendre ailleurs quand je dis mon avis ;-)

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    1. J’apprécie qu tu connaisses mes peintures de la galerie, cela me fait vraiment plaisir...
      moi aussi je les aimes bien ces petits bols bleus.
      Sinon je pense que personne ne te reproche ton avis, je pense plutôt même que tous apprécient ta présence sensible et spontanée. Tu as un caractère "vrai" , et cela apporte beaucoup de sincérité et de vie dans les messages. C'est juste qu'il faut faire attention à ne pas vexer les susceptibilités par des comparaisons "chez Charlotte".

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  4. Belle mise en abyme : tu places la barre haut, pour le défi !

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    1. bonjour HERVE

      TON INTERIEUR bien rangé bien organisé prouve que tout converge vers ce que tu aimes faire dessin, peinture, accueil.. c'est vraiment la passion qui t'anime...
      Je te souhaite une belle harmonie de vie.. avec ce beau support de la couleur..
      odile

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    2. Merci Odile, la passion pour la peinture est une richesse effectivement. Mais les passions envahissantes aident guère à créer une harmonie de vie...c'est plutôt le contraire. Elle nous poussent à progresser sur le sens et le but de l’existence, et cela nous fait plutôt remettre en question le fonctionnement de nos vie. La vie du peintre et donc davantage instable que paisible.

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    3. Bravo Anne,
      en citant un défi dans le défi tu joues toi aussi de la mise en abyme !
      Quelle chance de profiter de ton esprit malicieux dans ces pages.

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  5. J'ai l'impression de voiler l'intimité de Jean, de pénétrer dans son intérieur à son insu. Je referme la porte doucement et repart sur la pointe des pieds.

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    1. Bien vu ! il y a une part de voyeurisme imposé dans le sujet. Je vous impose mon regard, désolé !

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    2. beau visuel de ton chez toi... non non je ne me sens pas "voyeur"... joli travail plein d'originalité bravo !!!

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  6. Merci Brigitte, tu me rassures et en plus tu m'encourages.

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